Finance chrétienne: des fonds pas si catholiques


(Source: L’Express, Sébastien Julian, 21/03/2016)

Alors que la finance islamique explose, la finance chrétienne manque de moyens, et n’a pas encore trouvé la meilleure façon de marier éthique et rentabilité.

Il n’y a pas si longtemps, le quotidien officiel du Vatican vantait les mérites de la finance islamique. Celle-ci, expliquait-il, pouvait servir d’inspiration pour la refonte de la finance occidentale. Et la finance catholique, alors? Les auteurs de ces articles n’en disaient pas un mot…

Et pour cause. La finance chrétienne semble avoir fait voeu de pauvreté à côté de son homologue islamique, riche de 1800 milliards de dollars sous gestion, un montant en hausse continue. « En France, vous aurez bien du mal à trouver de vrais fonds chrétiens, confirme Emmanuel du Ché, président de la société de gestion Eligest. Il y a bien Proclero, le fonds géré par Meeschaert Asset Management, ou bien Oddo Partage, créé en 2012 par la banque Oddo. Mais, en dehors de ces deux initiatives, il n’y a pas grand-chose de sérieux. »

Les cathos se désintéresseraient-ils de l’argent au point d’empêcher l’émergence d’une finance chrétienne? La morale chrétienne serait-elle trop ambitieuse pour être appliquée correctement à la finance? Sans doute un peu des deux.

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Le Catholic Values Index? « La méthodologie laisse sceptique! »

Leur poids boursier les rend toutefois incontournables pour un gestionnaire, désireux de limiter ses risques. « Prenez par exemple le Catholic Values Index lancé récemment par Standard & Poor’s aux Etats-Unis: la méthodologie laisse sceptique! » dénonce un expert pris d’une sainte colère.

« Pour monter cet indice, les gestionnaires se sont juste contentés de sortir du portefeuille les laboratoires pharmaceutiques en raison des expériences sur les embryons. Mais ils ont laissé les banques, les compagnies pétrolières… Les évêques américains n’y ont vu que du feu. »

Chez Meeschaert Asset Management, le fonds Proclero a lui aussi de grosses capitalisations (Orange, Veolia, Essilor, Capgemini…) détenues, autant le dire, par des fonds de pension davantage intéressés par le credo de Wall Street.

« Nous essayons de respecter au mieux la doctrine sociale de l’Eglise », explique Philippe Troesch, du directoire de Meeschaert Asset Management. « Nous examinons l’échelle des rémunérations, le bien-être des salariés, les enquêtes menées auprès des clients… »Un autre financier confie: « Proclero n’est pas à proprement parler un fonds religieux. Mais ce type de fonds arrivera bientôt. » Selon lui, un fonds français de capital-risque chrétien serait sur le point de voir le jour. Il ne promet pas la multiplication des pains.

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