FRANCE – Newsletter Finance et Ethique n°11 : L’euro, coupable ou victime?

Le groupe Finance et Ethique de Justice & Paix – France a publié une nouvelle infolettre sur le thème « L’euro, coupable ou victime?«.

Selon l’approche de Justice et Paix :

L’Europe a toujours été soutenue par l’Eglise qui voyait et continue de voir dans l’aventure européenne une tentative exemplaire de réconciliation internationale et de construction d’une zone de paix stable. Les interventions du magistère au Parlement européen – Pape François, novembre 2014 – réaffirment cette conviction, mais alertent également sur le fait que l’Europe n’est pas qu’une puissance économique et qu’elle ne doit pas s’endormir : «L’heure est venue de construire ensemble l’Europe qui tourne, non pas autour de l’économie, mais autour de la sacralité de la personne humaine, des valeurs inaliénables.» La monnaie unique est perçue comme un moyen de renforcer l’Europe et à ce titre elle est un instrument pour la construction du bien commun. Si la crise conduit à retrouver des thèses protectionnistes ou à faire éclater la solidarité, le bien commun européen5 sera en crise, au détriment des plus fragiles. L’Eglise s’oppose à un tel scénario. Elle rappelle que la finance doit être au service de l’emploi, de la justice sociale, de la paix ; elle doit donc être au service du développement des peuples d’Europe et pas uniquement tournée vers la finance. Elle alerte aussi sur la nécessité d’une conception éthique de la finance tant dans la gestion que dans les objectifs qu’elle doit se donner. Elle condamne les pratiques mensongères et

affirme qu’il est possible, sans tomber dans la spéculation, d’avoir de bons résultats économiques. Elle se prononce pour une régulation du secteur de la finance (Caritas in veritate n° 65 par exemple6). Dans son Message pour la Journée mondiale de la paix du 1 janvier 2013, Benoit XVI écrivait «Pour sortir de la crise financière et économique actuelle – qui a pour effet une croissance des inégalités – il faut des personnes, des groupes, des institutions qui promeuvent la vie en favorisant la créativité humaine pour tirer, même de la crise, l’occasion d’un discernement et d’un nouveau modèle économique. Le modèle prévalant des dernières décennies postulait la recherche de la maximalisation du profit et de la consommation, dans une optique individualiste et égoïste, tendant à évaluer les personnes seulement par leur capacité à répondre aux exigences de la compétitivité. …Dans le domaine économique, il est demandé, spécialement de la part des États, des politiques de développement industriel et agricole qui aient le souci du progrès social et de l’universalisation d’un État de droit, démocratique. Ensuite, la structuration éthique des marchés monétaires, financiers et commerciaux est fondamentale et incontournable; ceux-ci seront stabilisés et le plus possible coordonnés et contrôlés, de façon à ne pas nuire aux plus pauvres.»

Ce discours qui porte sur le plan international peut s’entendre comme un soutien à la régulation et s’appliquer tout autant à la situation européenne. L’Eglise insiste toujours sur le fait que la finance est au service des populations et en particulier des plus pauvres. Elle n’est pas autoréférentielle. «L’activité économique ne peut résoudre tous les problèmes sociaux par la simple extension de la logique marchande. Celle-là doit viser la recherche du bien commun, que la communauté politique d’abord doit aussi prendre en charge. C’est pourquoi il faut avoir présent à l’esprit que séparer l’agir économique, à qui il reviendrait seulement de produire de la richesse, de l’agir politique, à qui il reviendrait de rechercher la justice au moyen de la redistribution, est une cause de graves déséquilibres.» (Caritas in veritate n° 36). On ne peut pas séparer la finance du politique et la question européenne est tout autant celle de l’euro que celle du projet européen.

 

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